Concert

La photo de concert 

Quel photographe n’a pas eu envie un jour à se confronter à la photo de concert ? La difficulté n’est pas que technique, il s’agit également de retranscrire un moment vécu par le biais d’une image fixe.

Aujourd’hui, je vous propose un article invité, écrit par Rémy Lapleige, qui m’a gentiment proposé d’écrire un article concernant la photo de concert, son domaine de prédilection (et un des miens également !). Vous pouvez consulter ses photos sur son portfolio , et également consulter le site de Raw Magazine dont il s’occupe. Je laisse donc la place à son article !

Des conditions très particulières 

Les conditions pour réaliser ce type de photos sont relativement difficiles :

  • Peu de luminosité : la lumière ne provient que des spots de multiples couleurs, beaucoup de contre-jour, la lumière change et bouge beaucoup.
  • Les acteurs/musiciens bougent  : Ils sont très souvent en mouvement.Même si leur position est statique, leurs gestes sont en mouvements.
  • La composition : beaucoup d’éléments peuvent la gêner : les micros, les câbles en tout genre. De plus, sur les gros concerts ou festivals, vous n’êtes pas seul(e)s … Imaginez que vous êtes dans un concert de funk ou de métal, les musiciens bougent, et les photographes bougent également.
  • La place du photographe : cette position est très délicate car toutes les salles ne sont pas équipées de crash barrières ou de fosse, et il ne faut en aucun cas gêner le groupe sur scène et le public. N’hésitez pas à protéger votre matériel. Je suis déjà rentré d’un concert de Metal (Ultra Vomit à l’EMB Sannois) avec des cotes fêlées et des traces de pied sur l’appareil, alors que j’étais en plein dans la fosse… N’oubliez pas que vous pouvez également shooter de loin, vous aurez une vue sur toute la scène.

Ultra Vomit @EMB Sannois

Ultra Vomit @EMB Sannois

Luke @VLG

Luke @VLG. J’ai trouvé intéressant mettre le focus sur le public, partie intégrante et essentielle à un bon concert.

Ces difficultés sont inhérentes à toutes les salles de concerts et de spectacles.

Nosfell @ Clamart

Nosfell @ Clamart. L’ambiance de ses chansons s’est ressentie au niveau de l’éclairage. Il a été très difficile de faire face aux conditions lumineuses.

Maintenant que vous savez à quoi vous en tenir : comment jouer avec son appareil et comment le régler pour en tirer le meilleur ?

Comment y faire face ?

Avant toute chose, il faut prendre conscience qu’il faut obligatoirement maîtriser son boitier : être capable de passer en manuel s’il le faut, et connaitre les limites de son appareil. Le tout est d’en tirer le maximum possible et de sortir des automatismes.

Quels sont les réglages adéquats ?

Attention à ce point. Il n’existe pas de réglage parfait valable dans toutes les situations. Les réglages que nous vous proposons dans l’article sont « de base ».A vous bien évidemment de les faire évoluer, suivant votre pratique, suivant les salles et suivant vos besoins artistiques.

Avant l’arrivée du groupe sur scène, les ingénieurs sons et lumières font quelques tests. Cela peut vous donner une idée des lumières que vous aurez sur scène. Je me cale sur ces moments pour effectuer les réglages (même si je prépare toujours mes appareils avant) et les teste avant le concert. Maîtrisez les commandes en aveugle de son boitier est selon moi primordial.

La Sensibilit é

Il faut savoir que pour faire des photos de concerts et d’évènements, vous allez devoir vous confronter à des problèmes de luminosité. Or une partie de l’ambiance du concert est retranscrite par les lumières.

Je pars toujours toujours sur 800 ISO. Il s’agit de la sensibilité où le bruit numérique atteint une limite acceptable. Je ne monte au-dessus que si la vitesse d’obturation alors définie par l’appareil est très lente. Il peut m’arriver de shooter en 100, 200 voire 400 ISO lorsque je suis en extérieur. Les boitiers types Canon 5D, 7D et Nikon D700 ou D3 peuvent monter sans souci à 3200 ISO, voir 6400 ISO.

(Note de Laurent : Effectivement, les boîtiers d’entrée de gamme sont assez limités en termes de gestion du bruit, et je vous déconseille également de monter au-delà de 800 ISO. Cela dit, n’hésitez pas à taper le 1600 ISO si vous en avez réellement besoin, il vaut mieux ça qu’une photo floue : il existe de bons outils pour éliminer le bruit en post-traitement.)

Lorsque je shoote en argentique, j’utilise une pellicule Ilford 3200 ISO et qui peut être utilisée en 1600 ISO.

Mesure Spot, évaluative ou pondérée centrale ?

(Note : pour mieux comprendre vous pouvez lire l’article sur les modes de mesure de la luminosité ;) )

La mesure évaluative (ou matricielle) permet de doser la lumière sur la totalité de l’image. La mesure à pondérée centrale joue ce rôle sur environ 15% à partir du centre de l’image et la mesure spot effectue la même chose mais sur 3% au centre de l’image. Les écarts de lumières sont malheureusement trop importants et directifs. N’hésitez pas à tester par vous-même et à choisir ce qui vous convient le mieux.

(En ce qui me concerne, j’utilise systématiquement la mesure spot qui permet de bien exposer votre sujet dans ces conditions de lumière changeantes, ce qui est quand même l’essentiel. Certaines photos sont surexposées à cause d’un spot qui arrive pleine puissance vers vous, mais c’est une toute petite minorité.)

Balance des blancs 

Chacun sa méthode de travail. Avant toute chose, il faut prendre ses photos en RAW (concerts ou pas d’ailleurs). Cela vous permettra de modifier la balance des blancs en post-traitement. La lumière rouge est parfois trop présente sur scène et personne n’aime voir des photos rouges, cela passe très mal.

Sur mes boitiers, j’ai tendance à rester en mode automatique pour la balance des blancs. Celle-ci est très bien sur mes boitiers Nikon, et comme dit précédemment, au pire des cas, je repasse en post-traitement pour ré-équilibrer le tout.

Mode Manuel ? Semi-automatique ? Priorité à la Vitesse ou à l’Ouverture ?

Tout dépend de vos habitudes. Il m’arrive par moment de passer en mode manuel mais en dans 90% des cas, je suis en mode « priorité ouverture » (« Av » sur Canon et « A » sur Nikon). Je travaille régulièrement avec des objectifs qui ouvrent à f/2.8, très lumineux et qui ont pour but de beaucoup jouer avec la profondeur de champ en détachant les éléments de la photo.

Une des règles générales et importantes est que la vitesse ne doit pas être en dessous de la focale. Par exemple, si vous utilisez un 28mm, évitez de descendre en dessous de la vitesse 1/42ème (N’étant pas en full frame, mon boitier à un facteur de conversion de 1.5, donc 28mm donne en réalité un 42mm sur un capteur APS-C). Descendez au minimum en dessous de 1/42 afin d’éviter « le flou de bougé du photographe ».

(Pour la conversion entre les différentes tailles de capteurs, un article viendra dans le futur vous éclairer sur le sujet, mais pas d’inquiétude si vous ne comprenez pas ce concept ;) )

Le Flash … oui ou non ?

L’utilisation de flash est interdite pendant les concerts, sauf si vous avez une autorisation du groupe ou des organisateurs. Étant un « anti-flash » (étant musicien également, cela me dérange énormément, même si c’est la famille qui vous prend en photo ^^), je ne m’amuse même pas à ramener mon flash cobra.De plus, pour des questions de rendu, j’ai trouvé peu de photos de concert faîtes au flash convaincantes. En backstage, je ne dis pas non, mais sur scène, je trouve que cela gâche le moment. Avis totalement personnel. (NdL : c’est le mien aussi, et celui de beaucoup d’autres photographes pros ou non.) Vous pouvez faire de très jolies choses au flash mais dans la mesure où cela est interdit, je vous le déconseille fortement.

La composition 

Pour être franc, oubliez la règle des tiers et autres règles. Remettez-vous en aufeeling. Avisez sur le moment, en fonction de là où vous êtes placés. Repérez le lieu. Pourrez-vous bouger ?  Visez avec votre œil et déclenchez avec votre doigt.L’avantage des photos de concerts, c’est d’avoir une certaine forme de libertéen photographie.

(Je ne suis pas tout à fait d’accord. Les règles ont pour moi la même place qu’ailleurs : elles doivent être respectées ou prises à contre-pied. Mais effectivement, il vaut mieux déclencher pour capturer le bon moment plutôt que de trop réfléchir à sa composition. Cela dit, avec la pratique, composer correctement une photo deviendra une seconde nature pour vous.)

J’essaye par exemple d’utiliser un micro gênant en le plaçant dans le cadre. Cela n’est pas facile du tout. Combien de fois ai-je fait la mise au point sur le micro et non sur les yeux ? N’oubliez pas, pour les portraits, de faire une mise au pointsur les yeux. J’utilise également des objectifs fish-eyes (NdL : très grand angles qui déforment l’image). Etant féru d’instruments, ces derniers font également partie intégrante du concert, selon moi.

Ilis @ VLG

Ilis @ VLG. Type de photos que j’aime beaucoup : les gros plans sur le matériel.

Ilis @ VLG

Ilis @ VLG. L’action, le look … du rock …

Un peu de matériel 

J’utilise aussi bien du numérique que de l’argentique. En numérique, j’utilise deux reflex numériques Nikon (D80 et D200). Ils me suffisent à l’heure actuelle car les photos terminent souvent sur le web et leur résolution permet largement à un magazine de sortir du A4 (et A5).

Au niveau des mes objectifs, j’aime beaucoup mon Nikkor 50mm f/1.4. J’utilise également un fisheye Zenitar 16mm f/2.8, et un Sigma 28-70mm f/2.8.

(Pour plus d’infos sur une autre optique qui possède une très grande ouverture maximale comme les optiques que cite Rémy, pensez à lire mon article sur le 50 mm f/1.8 !)

The Outburst @ Scène Bastille

The Outburst @ Scène Bastille. Utilisation du fisheye. Ce type d’objectifs, ainsi que les Ultra Grand Angle sont beaucoup utilisés dans la musique métal.

Concernant l’argentique, des pellicules Ilford 3200 ISO montées sur un canon A1 et des objectifs 28mm f/2.8 et un 105mm f/2.8(pratique pour les batteurs). Étant relativement près de la scène, je n’ai pas besoin d’autres objectifs, cependant, posséder un téléobjectif pour les festivals en plein air comme le 70-200mm f/2.8 peut s’avérer royal.

Chacun de mes boitiers est donc pré-réglé et équipé d’un objectif différent. Cela évite de constamment perdre du temps à changer d’objectif. Les capteurs sont par ailleurs souvent nettoyés.

Quelques conseils 

Ces conseils sont assez génériques mais joueront en votre faveur plus tard, surtout si vous souhaitez poursuivre dans cette voie. N’oubliez jamais que le monde de la musique est petit, très petit, et qu’il est difficile d’y entrer. Nombre de photographes essaient d’y rentrer sans toutefois y arriver.

  • N’espérez pas vivre de la photo de concert. C’est quasiment impossible. La plupart des photographes n’exercent cette activité qu’en passe-temps.
  • Constituez-vous un portfolio, cela permettra d’avoir des clichés à montrer et de se faire connaitre un peu.
  • Entraînez-vous avec de petits concerts près de chez vous, salles des fêtes, etc … Contactez les artistes et montrez leur ce que vous avez fait. Ils ont besoin de photos (attention à ne pas les donner non plus, vous avez fait un travail…), et vous avez besoin de leur avis, de leur concert. Un échange est toujours intéressant.
  • Pas d’accréditation, pas de photos … Le fameux sésame est assez difficile à avoir, surtout si les groupes sont pros. N’oubliez jamais que nous n’êtes pas seuls à les demander. Il faut également être patient. Attention cependant à rester dans la légalité, sinon cela peut vous coûter très cher. Si l’on vous donne une autorisation par mail, n’oubliez pas d’aller le jour du concert avec le mail imprimé. Il m’est arrivé de me faire refuser l’entrée mais avec le mail tout s’est bien passé. Il s’agissait d’un oubli tout simplement.
  • Soyez courtois et respectez les règles. Ceci est essentiel. Le monde de la musique est petit, les tourneurs donnant les accréditations font souvent tourner plusieurs groupes et sans le savoir, vous serez amener à les côtoyer à nouveau. En voyant votre travail et s’ils apprécient, il se peut que vous soyez présent au prochain concert de l’artiste… La plupart du temps, on vous donnera une accréditation pour les 3 premières chansons. Injuste ? Et oui, il faut se dire que vous n’aurez que ce temps-là pour réaliser des photos sans flash alors que le public va constamment utiliser le flash, filmer tout le concert avec leur téléphone, le tout pour se retrouver sans autorisation sur Youtube. Hélas, c’est un fait, mais pensez que vous n’aurez pas accès aux mêmes endroits. Imaginez que le groupe ou le tourneur aime les photos et vous contacte par la suite… Cela m’est arrivé et cela m’a permis decollaborer avec un artiste pour son projet solo . J’ai réalisé la pochette, la totalité des photos de son album ainsi que ses photos promos. Je collabore actuellement avec d’autres artistes pour les mêmes projets. Il faut être patient et à l’écoute. Avoir l’avis des artistes eux-mêmes peut s’avérer énorme.
  • Intéressez-vous à ce que fait l’artiste avant le concert. Connaissez leur musique. Cela peut vous permettre d’anticiper des actions (sauts, braveheart, focalisation sur le guitariste qui va jouer un solo, etc …) Ceci est très important. C’est ce que j’appelle l’improvisation contrôlée en musique.

Luke @VLG

Luke @VLG

The Outburst @Elysée Montmartre

The Outburst @Elysée Montmartre

Delain @Elysée Montmartre

Delain @Elysée Montmartre

J’espère que cet article aidera les photographes de concert en herbe à réaliser des clichés dont ils rêvent, ce qui n’est pas facile dans ce contexte. Pensez à consulter le portfolio de Rémy Lapleige , et laissez uncommentaire si vous avez des questions ou des remarques : je me ferai un plaisir d’y répondre !

 

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